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  • Emmanuel ROUSSEL

Thierry Leroy, prêtre, écrivain, voyageur : "Certains lieux agissent profondément en moi"

Mis à jour : 24 juil. 2018



Il avait déjà publié six ouvrages et le septième vient de sortir. Ce curé du pôle missionnaire catholique de Meaux, passionné d’histoire et en particulier d’histoire biblique, concentre ses voyages sur le bassin Méditerranéen où il s’enracine dans quelques villes comme Florence, Jérusalem ou Alger, qui ont inspiré certains de ses livres. Après avoir lu Noces Algériennes, son dernier roman, nous avons souhaité nous aussi partir à sa rencontre.


1. Votre dernier roman a pour thème les réminiscences de la guerre d’Algérie. Avez-vous voulu faire passer un message, réveiller les consciences, ou simplement raconter une histoire comme une autre ?

Quand j’écris, je suis habité par un intérêt ou une passion et la première chose n’est pas de faire passer un message mais de communiquer ce qui m’habite profondément. Je n’écris pas de romans à thèse mais mon écriture essaye de faire passer un message. Ma vie est de témoigner en tant que prêtre, de témoigner de la bonne nouvelle et de témoigner de ma foi. Pour ce roman, il y a eu un choc quand j’ai découvert l’Algérie grâce à des amis et la première fois que j’y ai été j’ai eu envie d’y revenir et de découvrir davantage ce pays, les liens qui la reliait ou la séparait de la France. J’ai voulu faire une plongée dans le passé.

Mon père a fait son service militaire en Algérie vers la fin des années 50 en y passant 26 mois. Ecrire a été une nécessité pour moi. Derrière cela, il y avait la volonté de mieux comprendre l’Algérie d’aujourd’hui. C’est un pays inconnu des français et mieux faire comprendre comment notre passé peut à la fois être un moteur et une entrave.

Pourquoi entrave ? Du côté algérien, les gouvernements ont intérêt à rappeler sans cesse que l’Algérie s’est libéré de la France et du coté français il y à encore beaucoup de préjugés et un malaise par rapport à la façon dont l’histoire s’est terminée.

J’ai donc souhaité que ce soit une personne qui soit née en Algérie mais qui ne se souvienne pas de sa période algérienne car elle en part à l’âge de deux ans. C’était très important que ce soit ce profil qui a entendu parler de l’Algérie par ses parents son grand frère et ses proches. Mon personnage était enfermé par l’approche de ses parents et ses proches qui vivaient sur la nostalgie et la rancœur. L’objectif : qu’elle ait la Volonté de s’en dégager et d’aller sur place.


1. Vous nous faîtes beaucoup voyager dans cette fiction. Peut on parler de voyage initiatique

C’est un voyage initiatique pour elle. D’ailleurs, il n’y a pas d’âge pour les voyages initiatiques. Son âge correspond au mien. C’est aussi un oyage initiatique pour les lecteurs qui l’accompagneront. Il y a la découverte de l’Algérie mais aussi des itinéraires spirituels.

Dans mes précédents romans pour moi la véritable héroïne est la ville (Jérusalem, Florence…). La ville interagit comme une personne avec les personnages du roman.

La ville elle-même initie les voyageurs à découvrir une autre dimension d’eux même. Il est très important de voir comment la ville – univers extérieur – interagit avec notre univers intérieur. C’est comme cela que je le ressens quand je vais dans une ville.

Certains lieux agissent profondément en moi. Cela me donne envie d’écrire sur cet endroit. L’Algérie est au carrefour entre Islam et christianisme. Face à cette réalité un autre personnage va redécouvrir sa propre identité qui est une identité chrétienne comme cela a pu arriver à Charles de Foucauld ou Louis Massignon. L’Islam est pour quelque chose dans sa redécouverte. Thibirrine : y aller, ce n’est pas anodin. Les Frères y sont encore présents et habitent ce roman.

Il y a enfin la symbolique de l’alliance que l’on a dans la bible et qui explique le titre de Noces Algériennes.

Je suis un lecteur d’Albert Camus et je trouve que c’est une pensée intéressante même si je ne la partage pas. Il a pris en compte son origine algérienne avec un recueil du nom de noce. Je pousse plus loin que Camus et j’y voie des noces entre Dieu et quelques-uns des héros / entre l’Algérie et la France. Quelques « clins d’œil » ou « clins Dieu » aussi avec ce mariage (de l’héroïne : Diane que l’on retrouve dans les trois romans) qui a lieu en Bretagne et qui est un révélateur de l’ensemble.


2. Quand écrivez-vous ? Avez-vous un « rituel d’écriture », des horaires ?

J’écris directement sur mon ordinateur, je n’ai pas de stylo fétiche. En revanche, j’ai besoin d’avoir la version papier pour la corriger à la main. Le lundi est un jour de littérature, j’essaye le plus régulièrement d’écrire ce jour. Quand j’écris, je pense à la liturgie des heures et parfois j’oublie de manger. Je suis pris dans mon écriture. Pendant les vacances, mes amis savent que le matin j’écris. J’ai toujours un carnet ou mon téléphone portable pour prendre des notes. Je trouve très rarement la bonne phrase du premier coup, je suis un peu comme un sculpteur qui polit encore et encore.


3. Que représente l’écriture pour vous ?

Je peux me passer de l’écriture mais c’est quelque chose qui m’aide à m’unifier et d’une certaine façon cela m’aide à relire quelques expériences et à donner de la profondeur, même si ce n’est pas biographique.

En même temps, il y a le gout du voyage. Cela me permet de voyager, de revisiter mes voyages et j’aime ce temps de sculpture ou je revisite le livre.

L’écriture représente aussi forcément un gout de donner aux autres, de partager – d’échanger aves les autres, de communiquer même si mes romans ne sont pas à thèse. J’invite le lecteur à ouvrir leurs 5 sens.


4. Qu’éprouvez-vous avant la sortie d’un roman ? Crainte, réjouissance ? Et après ?

Lorsque j’ai eu le jeu d’épreuve de Noces algériennes, je me suis dit qu’il ne fallait pas publier cela. Je n’étais pas content et puis pour ce livre, comme pour tous les livres je me suis dit que l’auteur n’est le meilleur juge.

Ce livre aborde un sujet délicat et je me pose des questions sur comment sera-t-il reçu par les personnes qui ont été au cœur de la question.

J’aborde la question de la torture, cela a été dur moralement physiquement pour moi.

J’aborde de nombreux sujets qui ne sont pas anodins donc il y aussi l’attente des réactions. Mais surtout et avant tout, c’est grande joie sinon quand le livre a été terminé. Toute proportion gardée, c’est un peu la joie d’une mère qui voit son enfant devant lui

Aujourd’hui, ce livre n’est plus à moi. Il est aux lecteurs ce qui explique aussi l’appréhension. Il existe par lui-même et le lecteur se fera son idée


5. Entre votre premier roman et « Noces Algériennes », sentez-vous une évolution ? Ecrivez-vous différemment ?

Quand on écrit des romans contemporains, on est plus libre que je n’étais pas capable d’avoir aux origines. J’ai acquis plus de liberté. Pour la première page de Noces algériennes, je n’avais pas de synopsis, pas de plan. Je ne savais pas où cela allait. C’est presque une ( r )évolution pour moi. Je ne savais pas par exemple que nous irions à Thibirine.


6. Vous avez publié chez Albin Michel deux romans historiques d'inspiration biblique remarqués : Le testament de saint Luc et Le baptiseur, avant Renaissances florentines, en 2014 chez Salvator. Quelle était votre démarche ?

En 1996, ma démarche était de faire saisir de l’intérieur ce qu’on put vivre les personnages qui façonnent la bible et particulièrement le Nouveau testament. Luc étant un compagnon de Paul c’était l’occasion de faire découvrir la vie quotidienne de l’époque.

De voir ce que représentait la réalité des 120KMs de marche par exemple : habiter d’un intérieur humain notre interprétation spirituelle. Voir que c’était des hommes, des femmes, des enfants qui avaient leur préoccupation.

Je me suis appuyé sur l’histoire, les historiens, l’archéologie et l’imagination fait le reste. A un moment j’ai eu des scrupules car écrire une histoire romancée sur des personnages bibliques quelle est la part et le part à l’imagination. Quand on regarde un film on ne se pose pas la question, mais je me les suis posés


7. Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à nos lecteurs rêvant de devenir écrivain ?

Je donnerai le conseil que j’ai reçu. J’étais à table avec des amis et un prêtre. A un moment j’ai indiqué que je voulais écrire sur St Luc, le prêtre m’a répondu : VA Y !. Je donnerai le même conseil : Lancez-vous, sautez à l’eau ! Au départ je ne pensais pas que mon écriture était digne…

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